Intégrité-Intégralité: la dernière avancée… pour le moment.

Gino, l’avocat de mes clients américains était une terreur. Véritable sosie de l’acteur Danny De Vito, quand il entrait dans une pièce, tout le monde avait envie de rire. Mais quand il commençait à parler du haut de son mètre cinquante cinq, tout le monde se taisait et se disait que la réunion allait se finir dans le sang et les larmes.

Nous sommes arrivés chez les fournisseurs italiens à Milan de bon matin et Gino était encore en plein décalage horaire, arrivé qu’il était il y avait deux heures à peine par l’avion de New York. Il était accompagné de Christopher, le responsable des achats et aussi fils cadet du patron et fondateur de cette entreprise d’ingrédients pour compléments alimentaires du New Jersey dont j’étais le consultant.  Gino avait l’air d’avoir sorti son costume Armani directement du sèche-linge et Chris arborait la tenue qu’il portait à longueur d’année : jeans, sweat shirt et baskets.

Nous étions là pour résoudre un litige. Les Italiens fournissaient des extraits végétaux en très grosses quantités à mes amis américains, et ces derniers estimaient qu’ils s’étaient fait avoir lors de la dernière livraison : une tonne d’extrait sec de valériane censée provenir de la valériane officinale, alors qu’il s’agissait manifestement de valériane indienne, beaucoup plus riche en certaines molécules actives, mais un peu suspecte d’une certaine toxicité.
Les Italiens ont commencé à argumenter sur les bases d’ analyses réalisées par leurs services. Nous, nous avions les miennes, qui ne correspondaient pas.

– Sans vouloir mettre en doute la compétence du Dottore (c’était de moi dont on parlait), termina le responsable italien de la qualité, nous pensons que les analyses que vous nous montrez ne correspondent pas à la réalité.
Gino touillait son espresso d’un air absent et épuisé. Il s’est tourné vers Christopher:

– Chris, qu’est-ce que je vous ai toujours dit, depuis toutes ces années ? Je vous ai répété qu’on ne fait jamais, au grand jamais, d’affaires avec des gangsters.
Chris a eu l’air éberlué, mais pas autant que le responsable italien qui en a échappé son stylo.

– De qui parlez-vous, Monsieur ? s’est-il enquis d’un air pincé.

– De vous, de qui d’autre? Nous n’avons pas l’intention de négocier quoi que ce soit. Les analyses du Dr. Jean sont irréfutables. Nous les avons fait valider par d’autres experts. Nous sommes venus, non pas pour parler à la Mafia, mais pour repartir avec un chèque comprenant le remboursement intégral de la marchandise, soit cent quatre vingt mille dollars, plus une indemnité de quinze pour cent, plus nos frais de déplacement, plus mes honoraires et ceux de Monsieur Jean, soit en tout la somme de deux cent trente deux mille dollars. Notre avion est dans quatre heures, j’ai l’intention de le prendre et de cesser de respirer cet air malsain.

Il y eut un silence d’une bonne minute d’horloge. J’étais à la fois horriblement gêné et choqué par la violence de la diatribe. J’avais déjà vu Gino à l’œuvre aux Etats-unis, mais là, il s’était surpassé. Je pensais que jamais les Italiens n’allaient céder, je pensais qu’ils allaient se défendre, demander des contre-expertises. Eh bien non. Après quelques tentatives molassonnes et peu convaincantes, ils se sont exécutés. Finalement, l’entretien a duré moins de trente minutes. Quand nous nous sommes retrouvés sur le trottoir, j’avais les oreilles qui bourdonnaient.

– Ils ne se sont pas défendus, dis-je à Gino. Pourquoi?

– Ils avaient tort et ils ont vu qu’on le savait. Nous avions une preuve en béton, et nous étions très déterminés. Poursuivre le conflit leur aurait coûté le double. Ce sont de vrais pros. Ils ont compris où était leur intérêt.

La phytothérapie n’est pas une discipline très pratiquée par les Anglo-Saxons. Je ne sais pas vraiment pourquoi. Les plus avancés dans ce domaine, dans la culture dite occidentale moderne sont les pays germanophones. Les pays latins viennent ensuite. Malgré tout, les médecines alternatives ont aussi fait leur chemin aux Etats-Unis et en 1994, ils ont promulgué la DESHEA, Dietary Supplement Health Education Act, qui est un texte réglementant la production, la vente et la communication des compléments alimentaires. Ce texte est une sorte de balise qui a libéré cette industrie outre Atlantique. A partir de cette date, les grandes chaînes de produits naturels comme GNC ou Solgar, vont réellement voir leurs chiffres d’affaires exploser.

En 1994, je suis donc consultant pour cette société basée dans le New Jersey, qui vend des matières premières végétales à toutes les grandes marques américaines. Je découvre que la culture américaine à cette époque en matière de phytothérapie est assez limitée. Mais comme tout ce qu’entreprennent les Américains, ils le font à grande échelle et ils y mettent les moyens nécessaires. La progression est donc très rapide et va bientôt dépasser le marché européen, même considéré en chiffre d’affaires par tête d’habitant.

Mes amis et clients ont donc rapidement des problèmes. Ils achètent des plantes médicinales partout dans le monde et souvent dans des pays qui vendent très bon marché, mais où la qualité et le suivi ne sont pas toujours au rendez-vous. Il s’agit de mettre en place des procédures de contrôle qui permettent de s’assurer de l’identité des plantes achetées et aussi de leur qualité sur des quantités qui dépassent souvent la dizaine de tonnes de plantes sèches ! Sachant qu’un sac de plante moyen pèse environ 15 kilos, nous étions confronté à l’analyse de plusieurs centaines de sacs par arrivage. Nous avons donc travaillé à la mise en place d’un protocole de sondage au sein des sacs en regard de probabilités statistiques. Il s’agissait de réduire à presque rien l’impact d’un mauvais sac au milieu d’un certain nombre d’autres.

Ce qui s’est avéré possible en termes de qualité n’était pas envisageable en termes d’identité. On ne pouvait se permettre de laisser passer un sac d’une plante étrangère potentiellement toxique même diluée par de la plante authentique. J’avais en mémoire l’accident survenu en France avec des plantes chinoises et je ne voulais à aucun prix risquer une catastrophe identique. Il nous a donc fallu mettre en place une méthode d’analyse assez rapide et efficace pour s’assurer de l’identité des plantes dans chaque sac. Nous y sommes parvenus par trois actions simultanées : l’examen visuel du contenu de chaque sac vidé sur une surface assez grande pour l’étaler entièrement, le prélèvement d’un échantillon dans chaque sac et son extraction dans une batterie de petits extracteurs qui permettait d’extraire un millier d’échantillons par jour. Et enfin, l’utilisation d’un analyseur automatique géré par ordinateur pour vérifier la conformité des échantillons. Tout ceci a pris environ six mois pour fonctionner correctement et puis nous avons rencontré un autre problème : à quoi comparer tous ces extraits ?

Nous nous sommes rapidement rendu compte que les lots variaient d’une fois sur l’autre et d’ailleurs, que veut dire un lot quand on reçoit 10 tonnes d’une plante en une fois ? Ce lot est-il homogène ? Jusqu’à quel point peut on accepter des divergences de composition chimique entre les lots et à l’intérieur d’une même réception ? Et qu’est ce qui nous assure de façon absolue de l’identité de ce lot avec une espèce botanique donnée et bien précise ? Il est devenu clair qu’il nous fallait un étalon or pour chaque espèce médicinale. Un extrait obtenu à partir d’une plante identifiée botaniquement de façon irréfutable et qui corresponde au plus près à la composition de la plante vivante.

Je passais environ une semaine par mois chez mes clients dans le New Jersey. Le reste, je le passais à travailler dans mon laboratoire en France où je continuais de mener les recherches de l’Institut des Substances Végétales et où je faisais aussi des travaux pour mes Américains. Je me suis donc attelé à récolter moi-même les plantes qu’ils commandaient et qui poussaient en France comme le millepertuis ou la valériane. J’ai commandé les espèces exotiques à mes différents contacts scientifiques de par le monde en leur demandant de certifier ou de faire certifier l’identification botanique. Chaque plante devait m’arriver fraîche ou congelée afin que le séchage n’interfère pas avec la composition. Nous voulions en effet obtenir un extrait aussi proche que possible de la plante de départ afin de pouvoir évaluer l’impact de son séchage et de son transport. Ensuite, nous avons mis au point un procédé d’extraction qui permettait d’obtenir tous les composants de la plante fraîche. Le produit final était ensuite séché par lyophilisation pour pouvoir être analysé tel quel sans autre traitement préalable. Nous avions obtenu un étalon d’extrait végétal, ce que les Américains ont appelé un « Standard ». C’est grâce à ce produit obtenu à partir de la valériane officinale que Gino a pu confondre et mettre KO les Italiens dès les premières secondes de la rencontre. Et puis aussi, beaucoup grâce à son talent d’acteur. Parce qu’en fait c’était un homme érudit et d’une extrême gentillesse.

Il nous a fallu encore des mois pour  nous rendre compte que nous étions en possession de ce qui pouvait être au plus près du produit de phytothérapie idéale. Il suffisait d’en industrialiser le procédé d’obtention. Le dernier né du concept Intégrité-Intégralité venait de naître. Nous l’avons appelé « PhytoStandard ».

Après un an ou deux de commercialisation par nous-mêmes, nous nous sommes tournés vers Pilèje qui disposait de la surface commerciale nécessaire au développement de ces produits. Depuis ils s’appellent E.P.S., « Extraits de Plantes Standardisés ». Ils représentent ce que nous avons fait de plus avancé dans le domaine des produits les plus en accord avec la philosophie de la phytothérapie.

A propos Daniel Jean

Docteur en pharmacie spécialiste des plantes médicinales, à l'origine de plus de trente brevets internationaux dans le domaine de la chimie des plantes médicinales, de la santé naturelle et de la phytothérapie. Créateur des S.I.P.F. et des E.P.S. (Phytostandards). Fondateur et directeur de l'Institut des Substances Végétales.
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