Elatium, le plantain et l’inflammation

Si vous avez lu « Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur » de Harper Lee, vous devez vous souvenir d’un moment de l’histoire ou le père de la jeune héroïne du livre, abat un chien enragé d’une seule balle bien placée tirée à grande distance en pleine ville. Un chien enragé est de nature à jeter la panique au sein d’une foule d’individus raisonnables.

Cet après-midi dominical ensoleillé, c’est à un spectacle du même genre qu’il m’a été donné d’assister au jardin botanique du Bronks à New York. Je me promenais tranquillement dans le parc en compagnie de notre représentante aux Etats-Unis quand une clameur a explosé quelques mètres devant nous et nous avons vu s’enfuir des familles courant en tous sens dans les allées. Les mères poussant les landaus, les père portant les enfants le visage crispé et regardant derrière eux pour voir s’ils n’étaient pas poursuivis. En réalité l’origine de cette débandade n’était pas un tueur fou menaçant la foule de son fusil d’assaut, ni un tigre échappé du zoo voisin, mais… d’un bichon tout blanc qui devait peser ses trois kilos, aussi apeuré que son entourage et cherchant à retrouver de son mieux les bras de sa maîtresse qui se tenait à l’écart et se lamentant, le visage dans les mains. Un garde est arrivé rapidement et il y eut un échange de paroles à moitié criées dont l’essentiel m’a échappé. Toutefois j’ai pu saisir un mot répété à plusieurs reprises : « poison ivy ». Le petit chien avait profité d’une maladresse de la dame très chic, très blonde, et très bouclée qui le tenait en laisse pour s’échapper et errer dans les massifs d’espèces étiquetées du jardin. Celui dont il provenait portait la mention : « Rhus toxicodendron ».

Il existe en Amérique trois espèces botaniques capables de déclencher des réactions allergiques dermiques extrêmement violentes. Toutes produisent la même famille de substances qu’on appelle urushiol et qui sont connues comme des allergènes de contact agissant à des doses très faibles. Il s’agit de composés qui collent à la peau et aux poils et qui peuvent subsister de longs jours sur des objets contaminés, comme des gants, des outils de jardinages, ou des vêtements. L’animal était donc maintenant suspect de porter l’horrible substance sur ses poils et personne ne voulait avoir affaire à lui. Le garde, les mains protégées par de gros gants en cuir a attrapé l’animal et a demandé à la propriétaire s’il pouvait aller le laver sous un robinet du jardin. La dame était perplexe et tout le monde était bien embarrassé. Nous avons poursuivi notre chemin et Joan, notre représentante s’est tournée vers moi en souriant d’un air narquois.

— Pourquoi, vous n’êtes pas intervenu ? Vous auriez pu leur donner votre recette miracle.

— Ma quoi ?

— Votre plante magique, celle qui efface les inflammations mieux que la cortisone. Même si la maîtresse réussit à échapper à l’urushiol, le chien va sûrement souffrir. Les coussinets des pattes et la truffe, hmmmm….

— Mais ils vont lui donner de la cortisone justement. Je ne voyais pas bien pourquoi elle me faisait un tel procès. En fait je sentais de l’ironie dans ses paroles, mais je ne savais pas si elle se moquait de moi seulement à cause de ma prétention de connaître une plante pouvant agir aussi bien qu’un corticoïde.

— La réaction au poison ivy n’est pas immédiate, me répondit-elle, le chien va commencer à gonfler dans un jour ou deux, peut-être un peu plus. Ensuite, ils vont effectivement lui appliquer un corticoïde. Mais le problème va durer environ trois semaines. Si le chien est touché à la truffe, il y aura probablement des effets secondaires. Alors qu’avec votre plante, vous m’avez dit qu’il n’y en avait aucun.

Je suis resté pensif pendant quelques minutes. Je ne voyais pas où elle voulait en venir.

— Je ne comprends pas pourquoi vous n’exploitez pas toutes ces choses si intéressantes que vous avez dans vos tiroirs, me dit-elle enfin.

— Je suis paresseux, peut-être ? répondis-je en me posant très sincèrement la question.

Elle a ri.

La plantain est une plante des plus banales, n’est-ce pas ? C’est de la mauvaise herbe pas très jolie dont les jardiniers cherchent laborieusement à se débarrasser. Ce n’est pas non plus une plante  médicinale flamboyante du genre de la digitale, du quinquina ou de la petite pervenche. Non, elle passe inaperçue, et dans l’arsenal de la phytothérapie, elle ne jouit pas non plus d‘une grande réputation. Pourtant, il se pourrait qu’on tienne là une des perles rares de la pharmacopée. Quelque chose qui nous a échappé pendant longtemps, mais qui pourrait avoir maintenant un destin surprenant.

L’inflammation est un mécanisme très compliqué, mais dont la manifestation la plus sensible est la vasodilatation. La dilatation des petits vaisseaux conduit à la rougeur, à la chaleur et à la douleur. Les petits vaisseaux se dilatent sous l’action de neurotransmetteurs, l’histamine et l’acétylcholine, principalement. Dans les années 80 certaines équipes scientifiques avaient montré que ces neurotransmetteurs ne pouvaient pas dilater les vaisseaux si ceux-ci étaient dépourvus de leur partie intérieure, l’endothélium. Ils en avaient conclu qu’un principe encore inconnu devait être produit par l’endothélium et qu’il était nécessaire à la vasodilatation demandée par les neurotransmetteurs. Ils l’ont appelé provisoirement EDRF, pour « Endothelium-Derived Relaxation Factor ». Plus tard, ils ont pu montrer que ce principe était une toute petite molécule, un gaz dont ne se doutait pas qu’il puisse exister au sein d’un organisme vivant, l’oxyde nitrique ou NO. Cette découverte a été couronnée d’un prix Nobel de médecine en 1998.

NO est un radical chimique libre  relativement instable, en particulier en présence d’oxygène. Avec les années, on a pu découvrir qu’il avait des fonctions biologiques très importantes. Dans la régulation de la dynamique des vaisseaux tout d’abord, mais aussi notamment dans l’immunité, la coagulation sanguine, l’érection pénienne et les système respiratoires. Contrairement à ce qui a été abondamment publié, il existe assez peu de substances capables d’inter-réagir avec l’oxyde nitrique. On connaît quelques inhibiteurs de la production de NO et aussi quelques molécules capables de réagir avec lui en l’éliminant du milieu un peu comme le font les anti-radicalaires avec les radicaux libres oxygénés.

Les anti-inflammatoires actuellement développés sont de deux grands types : ceux qui agissent comme les corticoïdes en inhibant globalement le système immunitaire et ceux qui agissent sur le système des prostaglandines. Le plantain n’appartient à aucune de ces deux familles. Malgré un effet anti-inflammatoire très puissant, surtout quand il est appliqué directement sur la peau, son action ne participe pas d’un de ces deux mécanismes. Après de nombreuses considérations nous avons pu montrer que c’était un anti-oxyde nitrique très performant.

Nous avons suivi le conseil de Joan. Les anti-inflammatoires de la dermatologie sont quasi exclusivement des corticoïdes avec tous les inconvénients qui leurs sont attachés. Nous avons donc développé plusieurs produits à base d’un extrait spécial de plantain dans le but de traiter des affections dermatologiques dans lesquelles l’inflammation joue un rôle de premier plan. Pour l’instant nous disposons de trois produits contre la dermatite atopique. Nous allons ensuite développer des produits contre le psoriasis et la dermatite séborrhéique.

Nous avons aussi créé une société pour diffuser ces produits : Elatium. Vous pouvez allez la voir en cliquant sur le lien qui figure sur ce blog : http://www.elatium.fr

A propos Daniel Jean

Docteur en pharmacie spécialiste des plantes médicinales, à l'origine de plus de trente brevets internationaux dans le domaine de la chimie des plantes médicinales, de la santé naturelle et de la phytothérapie. Créateur des S.I.P.F. et des E.P.S. (Phytostandards). Fondateur et directeur de l'Institut des Substances Végétales.
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Un commentaire pour Elatium, le plantain et l’inflammation

  1. Patricia Hermouet dit :

    Bonjour, quelle bonne idée ces histoires vécues de plantes ! La crème Elatium à base de plantain est un vrai bonheur pour les peaux atopiques., apaisante, antinflammatoire J’en ai toujours au cabinet pour la faire tester aux patients.Elle est très appréciée par ceux qui souffrent de psoriasis. Merci !

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