Mieux vaut ne pas prévenir que nuire

L’Arizona est un endroit spécial sur la Terre. Pour la plus grande partie, il s’agit d’un désert brun rouge où il y a des cactus et de la poussière.  La capitale de l’état, Phœnix est une immense juxtaposition de constructions sans grand intérêt architectural. Comme seulement aux Etats-Unis, cet endroit qui pourtant n’avait rien pour attirer les cerveaux abrite des entreprises de pointe dans tous les domaines stratégiques du monde moderne : l’informatique et la robotique, la physique quantique et bien sûr, la santé.

Je me trouve dans le bureau de Chris Heward, directeur scientifique de Kronos, une société fondée par un homme de quatre-vingts ans, John Sperling qui a fait fortune en créant puis en introduisant en bourse une université privée spécialisée dans la formation pour adultes : The University of Phœnix. Grâce à sa fortune nouvellement acquise, Sperling n’a pas eu besoin de fonds publics ni d’autres investisseurs que lui-même pour installer cette petite merveille disposant à elle seule de plus de matériel et de compétences que beaucoup d’universités françaises. Kronos est spécialisée dans la recherche sur le vieillissement et ne doit rendre des comptes qu’au vieux milliardaire. Passionné de biotechnologie sur le tard et amoureux de sa chienne Missy, Sperling a été «l’homme mystère» qui a financé en grande partie le Missyplicity Project qui avait pour but de réaliser le premier clonage d’un chien. Chris me raconte cette aventure dans son bureau encombré de livres et de dossiers posés partout en vrac. Par les baies vitrées on peut apercevoir des montagnes rougâtres aux alentours et on se croirait dans le film «Total Recall» qui se déroule sur la planète Mars. Le clonage de Missy ayant échoué, ils se sont tournés vers un sujet un peu moins difficile : CopyCat, le clonage d’un chat et qui  a finalement réussi après de douloureux et coûteux efforts. Mais ce qui m’intéresse le plus c’est  ce que me raconte Chris au sujet de l’étude qu’ils viennent de faire sur les concurrents d’une des épreuves sportives les plus folles qui soit: The Ironman.  Il s’agit d’une forme extrême de triathlon au cours duquel on enchaîne une épreuve de natation de 3,8 km, puis 180 km à vélo, pour terminer par un marathon. Ils se sont intéressés à ces coureurs de l’extrême car ils produisent en une seule journée autant de radicaux libres qu’un sédentaire en deux ans et ces oxydants sont considérés comme un des facteurs majeurs dans le processus naturel de vieillissement et dans l’apparition des cancers.

Au cours d’un tel effort, la machine respiratoire est mise sévèrement à contribution et les mitochondries fabriquent des quantités très inhabituelles de radicaux libres. On doit donc s’attendre après la course à des altérations importantes des structures de l’organisme atteintes par ces espèces chimiques agressives, comme les lipides des parois cellulaires ou l’ADN. Kronos a voulu tester sur ces hyper-sportifs un anti-oxydant bien connu pour son innocuité et son efficacité : la vitamine E.

Ils ont donc pris un groupe de 50 participants à qui ils ont donné un placébo pendant trois semaines avant la course et un autre groupe de 50 auquel ils ont donné de fortes doses de vitamine E pendant la même durée. Le traitement se terminait deux jours avant la course. Les 100 participants ont subi une analyse de leur ADN pour en déterminer le niveau d’oxydation avant le début du traitement et juste après la course. Résultat ? Un ADN dans un état catastrophique pour les participants ayant pris la vitamine E et presque normal pour ceux ayant pris le placébo !

Que conclure ? Que le placebo pour une fois est plus actif que l’actif ? Certainement pas. Ou bien que la vitamine E utilisée était de mauvaise qualité au point d’avoir des effets néfastes ? Peu probable.  Chris m’a livré une autre hypothèse qui est une porte ouverte passionnante vers une nouvelle façon de concevoir la thérapeutique.

Il existe dans l’organisme des systèmes qui nous permettent de lutter contre les radicaux libres et leurs effets. Le premier repose sur une enzyme qui les détruits : la superoxyde dismutase. L’autre est un système enzymatique complexe qui répare la chaîne d’ADN quand elle est abimée. Ces systèmes sont induits par les radicaux libres d’une part et par les dégâts occasionnés à l’ADN d’autre part. Plus il y a agression et plus les défenses sont activées. Si l’organisme n’est pas agressé, les systèmes de lutte sont en sommeil car l’organisme travaille toujours à l’économie. Donc en présence de fortes concentrations de vitamine E, l’ADN n’est pas agressé et les systèmes de défense restent au repos. C’est ce qui s’est passé pendant les 3 semaines de traitement avant la course. Puis le traitement est arrêté et la course a eu lieu. On assiste alors à un afflux de radicaux libres provoqué par le fonctionnement intense du métabolisme oxydatif du coureur. Mais ses systèmes de défense ont été éteints et leur redémarrage demande du temps. Donc on assiste à de graves  dommages opérés par les radicaux oxydants. Le coureur non traité se trouve dans un état presque normal car l’entrainement intense régulier et sur le long terme qu’il s’impose a permis la mise en place de mécanismes de défenses très performants, sans qu’il soit besoin d’avoir recours à des compléments de protection et ces défenses sont restées activées tout au long des trois semaines ayant précédé la course.

Ainsi, en voulant trop protéger l’organisme, on l’a privé de ses défenses naturelles. Le mécanisme est le même chez les toxicomanes qui utilisent des morphiniques. Les endorphines ne sont plus sécrétées et lors de l’arrêt de la prise des toxiques, elles mettent plusieurs jours avant d’être produits de nouveau : c’est l’état de manque.

Il y a beaucoup de produits de phytothérapie qui semble ne contenir aucun principe actif. On évoque la synergie entre des composants faiblement actifs, on évoque l’existence de principes actifs non encore identifiés et aussi l’amplification de principes actifs faibles par des principes qui ne sont pas actifs en eux-mêmes (principes utiles). Il pourrait peut-être y avoir une quatrième hypothèse : la stimulation par les produits végétaux complexes de système thérapeutiques endogènes.

Est-ce qu’il y a des indices qui sous-tendraient cette hypothèse ?  Pour l’instant, pas beaucoup tant la pharmacologie est surtout tournée vers les molécules et délaisse les produits végétaux. Juste une petite remarque : les molécules médicamenteuses pour la plupart soignent des maladies mais n’en éliminent pas la cause. Si vous souffrez d’hypertension, vous prenez un anti-hypertenseur. Si vous l’arrêtez, l’hypertension revient. Il en est ainsi pour presque tous les domaines de la thérapeutique mis à part la lutte contre les infections et les parasitoses aigües et contre les cellules cancéreuses. Dans ces cas là on peut éliminer l’agent pathogène et restaurer la santé. Dans tous les autres cas, on se contente de compenser un état biologique anormal.

La médecine ayurvédique fait largement appel aux végétaux. Cette médecine qui est utilisée par presque 90% de la population indienne c’est-à-dire environ un milliard d’individus, est connue par ses praticiens pour sa capacité à permettre le retour à la santé même dans des cas comme l’hypertension. Est-ce qu’on peut considérer cela comme un indice ?

A propos Daniel Jean

Docteur en pharmacie spécialiste des plantes médicinales, à l'origine de plus de trente brevets internationaux dans le domaine de la chimie des plantes médicinales, de la santé naturelle et de la phytothérapie. Créateur des S.I.P.F. et des E.P.S. (Phytostandards). Fondateur et directeur de l'Institut des Substances Végétales.
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